Sous la direction de badreddine hamma
Ce numéro offre une réflexion plurielle et originale sur le fonctionnement du passif en français et dans diverses langues (italien, hongrois, arabe du Caire, roumain et capverdien santiagais). L’originalité des travaux réunis réside, à la fois, dans la considération de ce tour grammatical dans ses manifestations dans la langue parlée et dans le caractère inédit des conclusions et des résultats établis sur les constructions passives.

Présentation

Ce recueil est consacré au passif, ou à ce que l’on appelle communément « voix passive ». Il réunit des travaux portant sur diverses langues vernaculaires, avec parfois une dimension contrastive. L’intérêt de cette entreprise vient du fait que la construction étudiée ici est surtout considérée dans ses manifestations à l’oral, à partir de situations authentiques de communication, ce qui va à l’encontre de ce qui est constaté dans la tradition grammaticale. En effet, le passif est, depuis toujours, enseigné et décrit sous l’angle de situations typiques, formatées et quasi figées, issues essentiellement de la langue écrite ou reposant sur des phrases forgées. Ainsi, dès que l’on parle du passif, on ne peut pas s’empêcher de penser au fameux exemple La souris est mangée par le chat. Le passif est le plus souvent vu comme le résultat d’un retournement de l’ordre plus neutre de ce que représenterait la contrepartie active. Il rapporterait un certain scenario, présenté sous l’angle de celui qui « subit l’action ». Ce retournement grammatical de l’ordre des actants est identifié comme une opération de thématisation (ou de « promotion de l’objet »), qui est généralement interprétée comme un indice d’importance ou de saillance du sujet passif (patient/objet) aux dépens de l’agent.
Toutefois, en considérant de près des données à partir de conversations réelles renfermant un passif, on s’aperçoit, d’une part, que les exemples, du type La souris est mangée par le chat, sont rares ou complètement absents, d’autre part, que ces hypothèses ne se vérifient pas forcément. Ainsi, contrairement à ce qui est répété habituellement, l’agent exprimé explicitement s’avère plus important que le patient, au moins pour deux raisons : (1) il parait résister à toute tentative de suppression dans les exemples oraux ; (2) le patient apparait surtout comme un simple pronom faible, renvoyant à un référent déjà connu et dont l’intérêt ne dépasse pas le rappel et l’activation de la référence. De fait, il ne semble porter aucune marque de saillance, dont le passif serait à l’origine.
C’est dans cet esprit que le présent numéro se propose de revenir sur différentes problématiques liées au passif dans les langues considérées dans le but de compléter les descriptions existantes et repenser celles qui ne paraissent pas représentatives de ce tour grammatical.

Auteur·e(s)

Badreddine HAMMA est maître de conférences en Linguistique & didactique à l’Université d’Orléans. Il est rattaché au Laboratoire Ligérien de Linguistique (LLL, UMR 7270). Il a été directeur du département des Sciences du langage (2016-2018) et directeur du Master FLE (2007-2016). Il est Lauréat de la prime d’excellence scientifique PEDR du CNU (2020-2024) et auteur de nombreux articles de linguistique, surtout, en sémantique, en morphosyntaxe et en analyse du discours et consacre une partie de ses travaux à la didactique du français.
 

Autres auteurs

Claire MARTINOT, Sonia GEROLIMICH, Anna SÖRÉS, Julie HASLÉ, Pierre JALENQUES, Liana POP, Cristina CASTELLANI, Nicolas QUINT et Eliane VIEIRA SEMEDO.


 

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Publié le1 novembre 2021
Mis à jour le29 octobre 2021